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Reliure dos Cuir - Oh les hommes ! Journal d'une vieille fille, Jules Pravieux 1903 -

Oh ! Les hommes ! Journal d'une vieille fille, Jules Pravieux, 1903 -   

"10 juin 1900. Ca sent le mariage chez nous! Cette odeur-là, je la connais: ceux qui la respirent, elle les rend fous, au moins provisoirement. Tous, autour de moi, sont malades, et c'est une grande affliction. Me voilà avec une famille quasiment détraquée! Ma parole, mais ils ont l'air de comploter quelque mauvais coup!  (...)

29 juin - Décidé! Mon neveu se marie. La joie court par la maison.  Quelle idée aussi de donner pour femme à ce pauvre Henri une demoiselle qui vaut une bibliothèque, une fille qui a lu tant de livres, qui connaît tant de langues, une espèce de savante!  (...)

Seul de tous, mon neveu ne me paraît point fol. Je viens de le rencontrer dans le jardin. 

- Eh bien, Henri, lui ai-je demandé, es-tu heureux ?

- Et pourquoi pas, ma tante dit-il.

- -Pourquoi pas ! En voilà une réponse! Enfin, ce mariage? 

- Il me convient, puisqu'il plaît à papa et à maman. 

- Oui, mais la jeune fille, Mlle Lucie Dorimond, ta future femme ?

- Elle ne me déplaît pas, ma tante.

-- Moi, dis-je, si j'étais ton père, je ne mènerais pas les choses à cette allure-là! Sais-tu bien, mon cher enfant, que l'on se marie pour toute la vie! On doit réfléchir. Tiens, moi, c'est parce que j'ai voulu réfléchir avant de dire "oui" que me voilà vieille fille pour l'éternité. Quand un prétendant venait s'offrir, quand papa - ton grand-père- me posait la fameuse question: "Te plaît-il, au moins, celui-là?" toujours, je répondais: "Je demande à réfléchir". Le prétendant se lassait vite. C'est à peine si j'avais commencé à "réfléchir" que, déjà, il était marié... à une autre! C'est extraordinaire comme les hommes sont impatients! Quand la faim du mariage les prend, il n'y a pas de répit; ils veulent s'attabler, il leur faut une femme."

Editions Librairie Plon Plon-Nourrit et Cie(1903) -. #Jules Pravieux, #vielle fille 1900, , # reliure cuir, 

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Description

Oh ! Les hommes ! Journal d'une vieille fille, Jules Pravieux, 1903 -   Belle reliure ancienne dos cuir, titrage doré. Fait partie d'une collection de romans reliés avec dos en cuir. 

"10 juin 1900. Ca sent le mariage chez nous! Cette odeur-là, je la connais: ceux qui la respirent, elle les rend fous, au moins provisoirement. Tous, autour de moi, sont malades, et c'est une grande affliction. Me voilà avec une famille quasiment détraquée! Ma parole, mais ils ont l'air de comploter quelque mauvais coup! Leurs entretiens sont emmitouflés de mystère et, lorsqu'ils me rencontrent, et lorsqu'ils me regardent, ils n'osent ouvrir les yeux tout grands, de peur que je n'y lise leur secret. Il y a des conciliabules dans les coins, il y a des chuchotements qui se promènent de chambre en chambre. 

Mon frère, si bavard, se cadenasse dès que je parais, et mon envie de savoir vient se cogner à une discrétion têtue. On conspire. Préparerait on quelque grand exploit ? Est-ce qu'on travaillerait chez nous au retour de la branche cadette ? J'ignore tout, hormis qu'il s'agit de marier mon neveu Henri. A qui ? Je m'en doute. Quand toutes les décisions serons prises, on me demandera, peut-être, mon avis, afin de pouvoir, s'il n'est pas conforme, me traiter, encore une fois, d'originale. Ah! oui, ça sent le mariage! Il y a quelque part, du bonheur qui mijote! Mon flaire de vieille fille ne saurait me tromper.

29 juin - Décidé! Mon neveu se marie. La joie court par la maison. Moi, je ne suis déjà point si gaie! Ce mariage me fait peur. Quelle idée aussi de donner pour femme à ce pauvre Henri une demoiselle qui vaut une bibliothèque, une fille qui a lu tant de livres, qui connaît tant de langues, une espèce de savante! Voilà, du coup, mon frère Charles enflé de bonheur! J'ai presque envie de le trouver ridicule mon frère! Toute la journée, je le vois qui, en signe d'allégresse, tortille ses moustaches, tandis qu'un sourire fait trembler le bout de son nez. Il y a presque autant de manières de porter les fortes joies qu'il y a d'individus en ce monde. Celui-ci pleure, celui-là rit, cet autre met son chapeau de travers et chante des refrains guillerets. J'en sais qui, s'ils sont heureux, font des cadeaux à leur cuisinière ou à leur concierge. Mon frère, lui, tourmente sa grosse barbe rousse: c'est sa manière. Ma belle-sœur nous montre, tous les jours, à toutes les heures du jour, une figure de soirée de contrat et s'essaie, par avance, aux airs d'aïeule dont elle va, bientôt, pense-t elle, revêtir le prestige.

Et ne voilà-t-il pas que notre Perpétue, la vieille cuisinière de la maison, manifeste, elle aussi, à sa façon - qui est un peu grotesque, - la joie qui surabonde en elle! Cette bonne âme "récure", c'est-à-dire qu'armée d'un torchon, elle fait reluire les casseroles de cuivre pendues aux murs de la cuisine. Je l'ai surprise, aujourd'hui, qui frottait la poissonnière avec un entrain inaccoutumé: 

- M. Henri se marie! s'est-elle écriée en me voyant entrer; M. Henri se marie! Ah! mam"zelle, quel bonheur!

D'un geste rude, elle décrocha une immense bassine de cuivre, le chaudron aux confitures, et tous en frottant, et tout en s'échauffant, elle répétait: 

- M. Henri se marie! Ah! tant mieux!

- Et pourquoi tant mieux, Perpétue? lui demandai-je.

- Dame! mam'zelle, M. Henri qui se marie! Vous comprenez, je suis contente!

Eperdument, elle se jeta sur son chaudron qu'elle avait barbouillé d'une pate jaune. Quand je revins à la cuisine, une heure après, toute la batterie resplendissait, toutes les casseroles lançaient des éclairs en l'honneur de M. Henri.

Seul de tous, mon neveu ne me paraît point fol. Je viens de le rencontrer dans le jardin. 

- Eh bien, Henri, lui ai-je demandé, es-tu heureux ?

- Et pourquoi pas, ma tante dit-il.

- -Pourquoi pas ! En voilà une réponse! Enfin, ce mariage? 

- Il me convient, puisqu'il plaît à papa et à maman. 

- Oui, mais la jeune fille, Mlle Lucie Dorimond, ta future femme ?

- Elle ne me déplaît pas, ma tante.

- C'est tout ? 

- Que veux-tu que je te dise? Papa est heureux, maman est heureuse, moi je suis heureux. Et toi, ma tante? 

J'aurais dû m'attendre à cette question qui me prit au dépourvu et m'embarrassa:

- Moi, dis-je, si j'étais ton père, je ne mènerais pas les choses à cette allure-là! Sais-tu bien, mon cher enfant, que l'on se marie pour toute la vie! On doit réfléchir. Tiens, moi, c'est parce que j'ai voulu réfléchir avant de dire "oui" que me voilà vieille fille pour l'éternité. Quand un prétendant venait s'offrir, quand papa - ton grand-père- me posait la fameuse question: "Te plaît-il, au moins, celui-là?" toujours, je répondais: "Je demande à réfléchir". Le prétendant se lassait vite. C'est à peine si j'avais commencé à "réfléchir" que, déjà, il était marié... à une autre! C'est extraordinaire comme les hommes sont impatients! Quand la faim du mariage les prend, il n'y a pas de répit; ils veulent s'attabler, il leur faut une femme: c'est comme vous autres chasseurs; lorsque vous revenez de courir les champs, si le déjeuner n'est pas prêt, vous faites aussitôt la grosse voix, vous parlez d'aller manger à l'auberge! Mes prétendants mon pauvre Henri, n'ont pas voulu attendre que la faim me fût venue: il sont tous allés à l'auberge."

Editions Librairie Plon Plon-Nourrit et Cie, imprimeurs-éditeurs, 8 rue Garancière, (1903) -. #Jules Pravieux, #vielle fille 1900, , # reliure cuir, 

Description : livre relié, plats de couverture toilés, dos en cuir en cuir fin avec titrage doré, format 18,5 cm x 12 cm, 351 pages. quelques rousseurs d'acidité sur quelques pages. Ancien livre d'une bibliothèque disparue, avec tampon sur la page de titre et numéro frappé en doré sur le dos de couverture.

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