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Reliure dos Cuir - Séparons-nous, journal de l'Abbé Blondot, 1905, Jules Pravieux, - séparation de l'Eglise et Etat

Séparons-nous, journal de l'Abbé Blondot, Jules Pravieux - Belle reliure ancienne dos cuir, titrage doré. Fait partie d'une collection d'une quarantaine de romans reliés en cuir fin noir, bleu ou vert.

"Mes très chers frères, croyez-moi, c'est une chance pour des persécutés d'avoir des persécuteurs drôles. Nous ont-ils autrefois - sous les tyrans! - assez battu les oreilles avec leurs cantiques en l'honneur de la République qui devait, dès son avènement au trône de France, accoucher de trois beaux enfants, tous du sexe aimable : la Liberté, l'Egalite,, la Fraternité ! Dès que la République se fut installé dans les meubles de nos rois et de nos empereurs, la France attendit. On allait donc enfin les voir, ces fameux marmots qui n'avaient pas voulu naître du sang des Capets (fort heureusement, le petit Corse les eût dévorés!) On publia que la République connaissant les premières douleurs de l'enfantement. "Elle souffre ! Ah! la pauvre République" pleuraient ses intimes. Trente-huit millions de cœurs compatissaient. Tous les Français, les curés les premiers, en avaient les larmes aux yeux. "Vous allez voir ! nous criaient les intimes! La Liberté! l'Egalité! la Fraternité! Tout ça d'un coup! On était prêt pour recevoir les beaux enfants: déjà leurs noms éclataient en lettres pompeuses au frontispice des monuments. La France haletait. Les rois lointains se soulevaient sur leur trône et regardaient du côté de la France, curieux et un peu sceptiques, mais attendris tout de même. Et la République enfanta M. Trouillot. 

La Liberté! 'l'Egalité! la Fraternité! nous ne les avons point vues. Nous attendons encore la venue de cette marmaille sacrée. L'Histoire en rira longtemps. 

Je la devance. " 

Editions Plon-Nourrit et Cie, imprimeurs-éditeurs 1905. #Jules Pravieux, #loi de 1905, #roman chrétien, #séparation de l'Eglise et l'Etat, #chasse aux curés, #expulsion curés, #expulsion églises, #guerre République contre Eglise, reliure cuir, 

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Séparons-nous, journal de l'Abbé Blondot, Jules Pravieux - Belle reliure ancienne dos cuir, titrage doré. Fait partie d'une collection d'une quarantaine de romans reliés en cuir fin noir, bleu ou vert.

"Dans cette manière de préface, posée au seuil de cette espèce de roman, je tiens à discréditer par avance certaines criques qu'il se peut que l'on m'adresse. Drôle de manœuvre. 

On m'imputera sans doute à crime ce ton badin qu'il me convient de prendre le long de mes récits. Mes frères, je m'excuse d'être gai. Mon style ne larmoie pas, et on ne me voit point suppliant, à tout bout de page, le lecteur de m'ouvrir son gilet pour que je puisse, de mes pleurs, en laver la doublure. Chaque matin, le journal nous apporte pour un sou de joie: à lire les "nouvelles", on ne peut plus s'empêcher de rire. Le moyen, vraiment, de pleurer si l'on considère le spectacle que nous offre l'histoire contemporaine ? Oui, sans doute, on va nous ligoter, nous bâillonner, nous affamer. La séance est ouverte.

Eh bien, l'avouerai-je ? Rien au monde ne m'empêchera de trouver nos persécuteurs drôles! J'en sais parmi nous qui, voyant tant de haines rôder autour d'eux, tant de colères se lever sur notre passage, ne savent que s'écrier, tout transis : "Mon Dieu! mais qu'est-ce qu'ils vont nous faire?" Moi, loin de m'épouvanter, ils m'amusent. Allons, considérez nos maîtres, ceux qui veulent nous juguler! Voilà des gaillards qui passent leur vie à nous traiter d'imposteurs, de sorciers et, dès que la maladie vient les troubler dans leurs chères besognes, dès que la Mort leur fait passer sa carte, insistant pour être reçue, mendient l'absolution d'un prêtre. Ils ne partiraient pas tranquilles pour l'au-delà s'ls ne voyaient la main d'un "sorcier" se lever sur leur agonie! Quand je vous disais qu'ils sont amusants! Ils ne se demandent pas alors si le paradis est convenablement aménagé pour y recevoir un ministre, un député, un sénateur. Ils veulent y entrer, voilà tout! Aller voir le diable, c'est bon pour les électeurs! Ah! ils ne pensent point, en ce moment-là, à nous chiper nos neuf cents francs, c'est-à-dire notre morceau de pain! Ils souffrent bien trop, les pauvres ! Et bien trop violente est la crise de foi que la peur leur a donnée. C'est que, chez nos messieurs, la piété s'annonce par un frisson: elle les prend aux entrailles. La crainte du Seigneur est pour eux le commencement de la colique. En vérité, je vous le dis, nos maîtres ont la frousse de Dieu. Et ils se confessent humblement. Ce n'était vraiment pas la peine d'annoncer, au déclin des banquets, qu'ils voulaient nous exterminer tous et rayer du catalogue des vivants la tribu des porte-soutanes! Ils n'oseraient pas! Et qui donc, avant le grand départ, nettoierait la conscience d'Augias ? Il n'y a encore que les curés, voyez-vous! Aussi, pas de danger qu'ils détruisent l'espèce! tout ministre, tout député, tout sénateur que l'on soit, on se sent, comme disait un de mes vicaires, "altéré de bonheur éternel". Alors il est prudent de se garder un curé pour la soif! Allons, qui n'a pas son curé en réserve? Dépêchez-vous, messieurs nos maîtres!

Je raille, et j'ai peut-être tord: nous devons à ces gens-là un petit bout de notre considération: c'est qu'ils sont beaucoup plus riches que nous! Songez donc! Je leur connais, à presque tous, au moins une bonne paire de sincérités : l'une rapiécée et reprisée, dont ils font usage dans les temps de santé; l'autre à l'état de neuf, qu'ils gardent, soigneusement pliée dans leur armoire, à côté du drap qui doit être leur linceul : de celle-là, ils comptent se servir le jour de la grande colique. 

Mes très chers frères, croyez-moi, c'est une chance pour des persécutés d'avoir des persécuteurs drôles. Nous ont-ils autrefois - sous les tyrans! - assez battu les oreilles avec leurs cantiques en l'honneur de la République qui devait, dès son avènement au trône de France, accoucher de trois beaux enfants, tous du sexe aimable : la Liberté, l'Egalite,, la Fraternité ! Dès que la République se fut installé dans les meubles de nos rois et de nos empereurs, la France attendit. On allait donc enfin les voir, ces fameux marmots qui n'avaient pas voulu naître du sang des Capets (fort heureusement, le petit Corse les eût dévorés!) On publia que la République connaissant les premières douleurs de l'enfantement. "Elle souffre ! Ah! la pauvre République" pleuraient ses intimes. Trente-huit millions de cœurs compatissaient. Tous les Français, les curés les premiers, en avaient les larmes aux yeux. "Vous allez voir ! nous criaient les intimes! La Liberté! l'Egalité! la Fraternité! Tout ça d'un coup! On était prêt pour recevoir les beaux enfants: déjà leurs noms éclataient en lettres pompeuses au frontispice des monuments. La France haletait. Les rois lointains se soulevaient sur leur trône et regardaient du côté de la France, curieux et un peu sceptiques, mais attendris tout de même. Et la République enfanta M. Trouillot. 

La Liberté! 'l'Egalité! la Fraternité! nous ne les avons point vues. Nous attendons encore la venue de cette marmaille sacrée. L'Histoire en rira longtemps. 

Je la devance. J'entre dans la baraque où nos seigneurs font leur cabrioles infatigablement jusqu'au jour où ils envoient quérir M. le curé pour qu'il les aide dans leur dernière pirouette. Comme nos messieurs bafouent les choses vénérables, je siffle de toutes mes forces. "Et de quel droit, me dira-t-on, troublez-vous la représentation, vous qui n'êtes rien, pas même la doublure de rien ?" 

Je ne suis rien ? Faites excuse! Je suis Bondot, contribuable. Je paye, donc je suis: je suis, donc je siffle. Et je ris. Et je signe: l'abbé Blondot, Contribuable."

Editions Plon-Nourrit et Cie, imprimeurs-éditeurs 1905. #Jules Pravieux, #loi de 1905, #roman chrétien, #séparation de l'Eglise et l'Etat, #chasse aux curés, #expulsion curés, #expulsion églises, #guerre République contre Eglise, reliure cuir, 

Description : livre relié, plats de couverture toilés, dos en cuir en cuir fin avec titrage doré, format 18,5 cm x 12 cm, 365 pages. couverture en bon état, cuir légèrement frotté. état intérieur correct : peu de pages ont des rousseurs d'acidité,

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