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L'île heureuse, Avesnes, 1920 - Belle reliure ancienne dos cuir, titrage doré.
'Est-il possible que tant de morts, tant de ruines, tant de deuils, tant de souffrances, soient à ce point effacés, oubliés, et que, sur les décombres encore tièdes de l'incendie d'hier, il ne demeure plus qu'une sorte de fureur aveugle et morbide de jouir, une animalité souveraine, le tourbillon éperdu, frénétique et saccadé, des dancings ?
C'est pourquoi j'ai jugé utile de retracer la frivolité des jours qui précédèrent la guerre, leur légèreté, leur ignorance totale, leur mépris, leur absence, inconsciente ou volontaire. Ainsi nous nous acheminions tout doucement vers l'esclavage parce que nous ne voulions plus travailler, c'est-à-dire lutter, nous défendre contre l'ennemi toujours présent et gagner sur lui. Les intellectuels ne voulaient rien savoir du monde extérieur. (...)
En janvier 1919, je contemplais le Rhin, du pont de Kehl, près de Strasbourg, et, mentalement, je repassais en moi les étapes successives que j'avais parcourues depuis le mois d'août 1914 : l'anxiété des heures qui précédèrent la Marne, quand, épuisés par les marches et les contremarches, nous tournions sans cesse autour de Paris, l'apercevant au loin comme une espèce de coupe enchanteresse et bleuâtre sous l'or resplendissant de septembre. (..) Ce furent ensuite les combats de l'Yser, sinistres et acharnés,(...) la Somme désolée, lépreuse et lunaire, ressemblant à un visage de supplicié sans paupières, rongée de cavités, de trous d'obus ; , le cimetière de Mailly-Rayneval bouleversé, son Christ pendu dans le vide à une croix courbée sous l'ouragan ; les cadavres de fantassins au sommet des crêtes dominant Mareuil; certains d'entre eux, dans un geste symbolique, avaient, avant de mourir, enfoncé leur baïonnette dans la terre, comme pour une prise de possession définitive et crispée;"
Editions Plon-Nourrit et Cie, 1920. #Avesnes, #gierre 14-18, #roman de guerre, #combats guerre 1914-1918,
L'île heureuse, Avesnes, 1920 - Belle reliure ancienne dos cuir, titrage doré. Fait partie d'une collection d'une quarantaine de romans reliés avec dos en cuir fin.
Préface : 'Est-il possible que tant de morts, tant de ruines, tant de deuils, tant de souffrances, soient à ce point effacés, oubliés, et que, sur les décombres encore tièdes de l'incendie d'hier, il ne demeure plus qu'une sorte de fureur aveugle et morbide de jouir, une animalité souveraine, le tourbillon éperdu, frénétique et saccadé, des dancings ?
C'est pourquoi j'ai jugé utile de retracer la frivolité des jours qui précédèrent la guerre, leur légèreté, leur ignorance totale, leur mépris, leur absence, inconsciente ou volontaire. Ainsi nous nous acheminions tout doucement vers l'esclavage parce que nous ne voulions plus travailler, c'est-à-dire lutter, nous défendre contre l'ennemi toujours présent et gagner sur lui. Les intellectuels ne voulaient rien savoir du monde extérieur; les autres, les politiciens et la masse de la nation, se comportaient comme s'il n'existait pas. Ils vivaient en vase clos, derrière la muraille illusoire de leurs frontières, tout entiers à leur bisbilles intestines et convaincus qu'ils étonnaient l'univers parce qu'ils se démenaient comme des énergumènes dans la pétaudière du parlementarisme. Et voilà que, tout à coup, le Barbare surgissait !
En janvier 1919, je contemplais le Rhin, du pont de Kehl, près de Strasbourg, et, mentalement, je repassais en moi les étapes successives que j'avais parcourues depuis le mois d'août 1914 : l'anxiété des heures qui précédèrent la Marne, quand, épuisés par les marches et les contremarches, nous tournions sans cesse autour de Paris, l'apercevant au loin comme une espèce de coupe enchanteresse et bleuâtre sous l'or resplendissant de septembre. (..) Ce furent ensuite les combats de l'Yser, sinistres et acharnés, puis l'attente si longue à l'abri des tranchées, avec ses alternatives de succès et de revers, d'espoirs, de découragements, d'efforts et de lassitudes, la guerre sous-marine qui jaillit nous affamer et nous perdre ; enfin, la dernière année d'hostilités, la plus émouvante, la plus violente, la plus tragique peut-être de toutes, la brusque irruption allemande de mars, la prise du commandement par Foch, avril sur le Matz et sous Montdidier, les luttes désespérées, âpres, pied à pied, des 31 mai, 1er et 2 juin 1918, où, sous le commandement du général de Maud'huy, mêlés aux débris du 11e corps, nous arrêtâmes l'ennemi devant Villers-Cotterets, à la lisère de la forêt, ultime rempart de Paris ; l'offensive du 18 juillet avec Mangin, celle du 8 août avec Deberney ; la Somme désolée, lépreuse et lunaire, ressemblant à un visage de supplicié sans paupières, rongée de cavités, de trous d'obus ; , le cimetière de Mailly-Rayneval bouleversé, son Christ pendu dans le vide à une croix courbée sous l'ouragan ; les cadavres de fantassins au sommet des crêtes dominant Mareuil; certains d'entre eux, dans un geste symbolique, avaient, avant de mourir, enfoncé leur baïonnette dans la terre, comme pour une prise de possession définitive et crispée; le dégagement complet de Soissons en septembre, la Vesle, l'Asine... enfin, le Rhin. Nous y étions. Nous le tenions. Je ne me lassais pas de le regarder."
Editions Plon-Nourrit et Cie, imprimeurs-éditeurs, 8 rue Garancière, 1920. #Avesnes, #gierre 14-18, #roman de guerre, #combats guerre 1914-1918,
Description : livre relié, plats de couverture toilés, dos en cuir en cuir fin avec titrage doré, format 18,5 cm x 12 cm, 298 pages. mauvais état Des taches d'acidité et rousseurs. Une feuille partiellement déchirée avec manque de texte. Ancien livre d'une bibliothèque disparue, avec tampon sur la page de titre et numéro frappé en doré sur le dos de couverture.