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J'étais un bagnard, René Boloux, 1965 - bagne, relégation, prisons en 1950

J'étais un bagnard, René Boloux -

Je n'ai pas beaucoup dépassé les quarante ans, mais je n'en avais pas vingt que mon sort était déjà marqué. Deux condamnations pour marché noir, l'interdiction de séjour en plus, je ne pouvais plus rien faire à Nantes, ma ville natale. A Paris, je suis devenu un truand, un casseur. Nouvelles condamnations. Et la relégation au bout. Au fond, depuis mes dix-sept ans jusqu'à ma libération (j'en avais à peine trente-quatre), j'ai passé infiniment plus de temps en taule qu'à l'air libre. Vous verrez, dans les prisons, on reçoit des coups et on en donne (j'y étais préparé depuis que j'étais môme); on fait toutes sortes de choses; on en apprend beaucoup, y compris le sens de l'honneur et de la solidarité. On apprend à connaître les hommes.

Mais quand on monte en relègue, quand on devient un bagnard, c'est terrible. On a purgé sa peine et, pourtant on se demande si on en sortira jamais. Alors on se dit : "Ce n'est pas possible. Comment la société peut-elle décider que des gens qui, pour la plupart, n'ont encouru que de petites peines correctionnelles, mais qui ont récidivé, sont, à tout jamais, irrécupérables ?"

Quand j'ai pris connaissance de cela, je me suis révolté. J'ai même réussi à lever les hommes de la Centrale de Fontevrault. J'ai eu tout de même la chance d'en sortir. Mais j'ai laissé 3.800 de ces hommes derrière moi. Tant qu'il en restera un seul dans les prisons, les centrales ou les camps, je ne me sentira pas tout à fait libre. Je ne cesserai de lutter pour que ces hommes retrouvent place dans la société, y travaillent et y vivent comme des êtres humains.

Editons Casterman 1965, #bagne 1950, #relégation, #internement à perpétuité, #prisons en 1950, #système carcéral 1950, #ancien bagnard

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J'étais un bagnard, René Boloux -

Je n'ai pas beaucoup dépassé les quarante ans, mais je n'en avais pas vingt que mon sort était déjà marqué. Deux condamnations pour marché noir, l'interdiction de séjour en plus, je ne pouvais plus rien faire à Nantes, ma ville natale. A Paris, je suis devenu un truand, un casseur. Nouvelles condamnations. Et la relégation au bout. Au fond, depuis mes dix-sept ans jusqu'à ma libération (j'en avais à peine trente-quatre), j'ai passé infiniment plus de temps en taule qu'à l'air libre. Vous verrez, dans les prisons, on reçoit des coups et on en donne (j'y étais préparé depuis que j'étais môme); on fait toutes sortes de choses; on en apprend beaucoup, y compris le sens de l'honneur et de la solidarité. On apprend à connaître les hommes.

Mais quand on monte en relègue, quand on devient un bagnard, c'est terrible. On a purgé sa peine et, pourtant on se demande si on en sortira jamais. Alors on se dit : "Ce n'est pas possible. Comment la société peut-elle décider que des gens qui, pour la plupart, n'ont encouru que de petites peines correctionnelles, mais qui ont récidivé, sont, à tout jamais, irrécupérables ?"

Quand j'ai pris connaissance de cela, je me suis révolté. J'ai même réussi à lever les hommes de la Centrale de Fontevrault. J'ai eu tout de même la chance d'en sortir. Mais j'ai laissé 3.800 de ces hommes derrière moi. Tant qu'il en restera un seul dans les prisons, les centrales ou les camps, je ne me sentira pas tout à fait libre. Je ne cesserai de lutter pour que ces hommes retrouvent place dans la société, y travaillent et y vivent comme des êtres humains.

Mais je ne me bats plus seul. Aux personnes qui veulent bien m'épauler au sein du Comité national d'aide aux relégués et de l'Association Luneau pour pour le reclassement et l'aide aux relégués - - à Edmond Michelet, ancien garde des Sceaux, Claudius-Petit, ancien ministre, Schmelck, avocat général à la cour de cassation, Girault procureur général à Limoges,  entre beaucoup d'autres, - ce livre qui n'est rien d'autre que l'histoire de ma vie, veut exprimer ma reconnaissance. 

C'est aussi un appel à tous les hommes de bonne volonté pour qu'ils épaulent eux aussi notre action, afin qu'un jour vienne où le bagne ne sera plus qu'un de ces souvenirs qu'on n'ose pas trop avouer.

Editons Casterman 1965, #bagne 1950, #relégation, #internement à perpétuité, #prisons en 1950, #système carcéral 1950, #ancien bagnard

Description : livre broché, couverture souple, 253 pages, format 19,5 cm x 13,5 cm. état correct, quelques rousseurs sur les deux dernières pages.

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