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Rencontre, Pierre Larthomas, 1948 - roman,

Rencontre, Pierre Larthomas - roman - 

"l'homme hésita au bord du trottoir, laissa passer deux ou trois autos, puis traversa lentement la rue. Sa marche était prudente, avec de brusques arrêts pleins de défiance, comme si, de chaque encoignure de porte, pouvait surgir un ennemi. Les autres le frôlaient sans rien voir et le heurtaient sans s'excuser : c'était la foule de six heures, qui rentre chez elle en toute hâte pour préparer la soupe du soir. Mais moi qui n'avais rien d'autre à faire que de le suivre, je prenais un trouble plaisir à cette marche capricieuse  :  je le tenais, je le tenais bien, et, jusqu'au bout de sa route, je ne le lâcherais plus...

Je ne suis pas plus curieux qu'un autre et les choses me laissent vite indifférent. Mais les êtres m'intéressent parfois, les vrais, non ceux du livre ou du théâtre, mais ceux qui se cognent à vous dans la rue, vous marchent sur les pieds à l'occasion, se collent contre vous dans le tram... J'aime la foule et sa solitude. Le soir, en rentrant du bureau, je regagne ma chambre, fatigué souvent d'avoir aligné mes chiffres, et je pourrais rester là jusqu'au dîner, à lire ou à écrire des lettres. Mais je déteste lire. Je n'écris jamais, n'ayant plus ni amis, ni parents. Je m'ennuie vite en ma compagnie. (...) Comme il faut bien donner un but à ma promenade, je m'attache à un être et le suis. C'est une sorte de jeu : il s'agit, tout d'abord, de bien choisir, puis de ne pas perdre la piste, de deviner par un examen attentif des vêtements, des chaussures, de la démarche, toutes sortes de choses, d'inventer pour soi une histoire, invérifiable d'ailleurs, et avant tout, de passer le temps. Tout cela pour dire que je n'ai rien d'un flic, et que si je suivais cet homme, ce n'était pas par devoir, mais par plaisir, pour perdre deux heures avant d'aller au restaurant. 

Editions René Julliard Sequana, 1948

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Rencontre, Pierre Larthomas - roman - 

"l'homme hésita au bord du trottoir, laissa passer deux ou trois autos, puis traversa lentement la rue. Sa marche était prudente, avec de brusques arrêts pleins de défiance, comme si, de chaque encoignure de porte, pouvait surgir un ennemi. Les autres le frôlaient sans rien voir et le heurtaient sans s'excuser : c'était la foule de six heures, qui rentre chez elle en toute hâte pour préparer la soupe du soir. Mais moi qui n'avais rien d'autre à faire que de le suivre, je prenais un trouble plaisir à cette marche capricieuse  :  je le tenais, je le tenais bien, et, jusqu'au bout de sa route, je ne le lâcherais plus...

Je ne suis pas plus curieux qu'un autre et les choses me laissent vite indifférent. Mais les êtres m'intéressent parfois, les vrais, non ceux du livre ou du théâtre, mais ceux qui se cognent à vous dans la rue, vous marchent sur les pieds à l'occasion, se collent contre vous dans le tram... J'aime la foule et sa solitude. Le soir, en rentrant du bureau, je regagne ma chambre, fatigué souvent d'avoir aligné mes chiffres, et je pourrais rester là jusqu'au dîner, à lire ou à écrire des lettres. Mais je déteste lire. Je n'écris jamais, n'ayant plus ni amis, ni parents. Je m'ennuie vite en ma compagnie. Alors, j'obéis au moindre appel : le cri du vendeur de journaux, le bruit de ferraille d'un camion ou la plainte d'une sirène dans le port. Je me mêle aux autres, et comme il faut bien donner un but à ma promenade, je m'attache à un être et le suis. C'est une sorte de jeu : il s'agit, tout d'abord, de bien choisir, puis de ne pas perdre la piste, de deviner par un examen attentif des vêtements, des chaussures, de la démarche, toutes sortes de choses, d'inventer pour soi une histoire, invérifiable d'ailleurs, et avant tout, de passer le temps. Tout cela pour dire que je n'ai rien d'un flic, et que si je suivais cet homme, ce n'était pas par devoir, mais par plaisir, pour perdre deux heures avant d'aller au restaurant. 

La ville, à mesure qu'on approchait du centre, se tassait, plus éclairée et toute grouillante. Il s'arrêta encore, renonça au tumulte de 'l'avenue, choisit l'obscurité et le silence d'une ruelle. Je le vis s'enfoncer dans l'ombre où ses pas soudain résonnèrent. Je laissai un peu plus de distance entre nous, en homme qui connaît son métier. Ca n'était pas le moment d'attirer son attention; après, une fois sur la place, on verrait bien..."

Editions René Julliard Sequana, 1948

Description : livre broché, couverture souple, 188 pages, format 19 cm x 12 cm. bon état intérieur, une tache sur la couverture.

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